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Adam Curtis: leçons de télévision intello-le-fun by elizabeth

[elizabethgrenier]

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Ce que je connais de la bonne télévision produite ces dernières années, je l’ai vu en format DVD. Côté fiction, je me dois de remercier les Américains: ils l’ont l’affaire en terme de télévision réjouissante. Des heures de bonheur! Que de merveilleux marathons télévisuels pour weekends de pluie! Du rire, des larmes, des cris d’effroi et des sueurs froides! Se transformer en junkie et aimer ça: ah! ces highs!, oh! ce sentiment de manque au bout du 6e épisode et que la vidéothèque est fermée pour aller chercher le prochain DVD! Oui.

Bon. En fait, je voulais plutôt parler d’un tout autre trip, celui procuré par la télévision produite par Adam Curtis, un réalisateur anglais de la BBC. Je connaissais toute cette gamme d’émotions provoquées par la fiction, mais rarement me suis-je sentie intellectuellement stimulée par la tivi. Les bonnes émissions d’affaires publiques-société-monde nous font apprendre des choses, oui, mais rarement autant que si on prenait le même temps pour lire un livre ou un journal, que je me dis.

Il y a donc l’exceptionnel: quand on voit un documentaire d’Adam Curtis, on a le sentiment qu’on vient de parcourir en lecture rapide des librairies entières, avec en prime, des centaines d’images d’archives hallucinantes.

La technique de Curtis : explorer des théories dominantes de la société occidentale, les décortiquer et démontrer à quel point le tout peut mener à des absurdités énormes. Des théories, c’est parfois difficile à illustrer en film, mais ce problème-là, le réalisateur le contourne en pigeant un peu partout dans la monstrueuse banque d’archives de la BBC, en acollant des images parfois complètement décalées sur sa narration. Humour fin, dans le genre ironique.

Ses dernières séries, que vous pourrez aussi trouver sur le Web:

The Century of Self (2002): comment la psychoanalyse de Freud s’est répandue dans la société, a fait croire qu’on y valorisait l’individualisme, alors que l’objectif ultime était de « normaliser » l’être humain.

The Power of Nightmares (2004): exploration des trajectoires et des inspirations parallèles des néo-conservateurs américains et des islamistes fondamentalistes, ou comment les néo-conservateurs auraient « inventé » Al-Qaïda en tant que réseau terroriste international cauchemardesque pour justifier leur pouvoir. Controversé, ne fut jamais diffusé à la télévision américaine…

The Trap (2007): analyse du concept de liberté dans une société occidentale qui se « prozacquifise ». Retour sur les influences de cette époque paranoïaque qu’était la Guerre Froide. Soulève, au passage, l’absurde des mesures « d’efficacité » entreprises par le gouvernement Blair. Avertissement: cette série peut rendre dépressif, parce qu’on vit dedans, c’te trappe.

Les overdoses de Curtis sont à éviter, parce que ça peut rendre paranoïaque, mais autrement, il y a un côté réjouissant à comprendre pourquoi, des fois, on a le droit de pas vouloir s’ajuster parfaitement à une société gérée par des objectifs étranges.

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