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Vice, Robert Fisk et l’art de la subjectivité journalistique by elizabeth

[elizabethgrenier]

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Je me souviens vaguement de ma rencontre avec le Vice, il y a dix-douze ans à Montréal. Le genre de magazine que tu ramasses parce que c’est gratuit, sans te douter de ce qui va te tomber dessus. Puis tout à coup, tu réalises que rien n’est tabou, qu’être un peu à côté de la coche, c’est hip, et que la méchanceté, ça peut être très drôle. L’underground rencontrait le mainstream, gratos: une révélation pour la néo-montréalaise wannabe-urbaine que j’étais à l’époque.

Depuis, le magazine est devenu un empire, les pages sont toujours aussi trash: on ne s’excite plus autant, tout au plus, on ramasse par habitude pour le prochain bricolage. On se surprend à bâiller devant autant de publicités de designers qui valorisent les lendemains de veille. Le contenu? Quasi-vacuum. (C’est peut-être juste moi, qui ai changé: j’étais le public-cible initial du magazine, puis j’ai vieilli… Il fut aussi une époque où j’aimais lire les magazines de pré-adolescentes aussi, je m’en repens).

Puis, des fois, les gens de Vice repensent à nous, les vieux qui les aimaient avant. Suis tombée par hasard sur une entrevue avec Robert Fisk, ce grand reporter du Moyen-Orient. Probablement pas l’entrevue la plus en profondeur qu’il ait donnée de sa vie, mais on dit quand même: bravo. Les hipsters vont peut-être progressivement s’intéresser à autre chose qu’à leur nombril doré.

Lire cet homme inspire. Un espèce de possédé du journalisme: il y consacre sa vie entière. Il est sur le terrain depuis longtemps et sait que l’objectivité journalistique, surtout quand on travaille au Moyen-Orient, ça n’existe pas. Il ne s’en cache pas, se mouille, ose s’attaquer au gouvernement britannique. S’attire la critique: la page qui lui est consacrée sur Wikipedia est bloquée à certains usagers, qui font carrière de le détester.

Pour l’avoir expérimenté à beaucoup plus petite échelle en travaillant pour l’émission Ici le monde l’an passé à Télé-Québec, parler de cette région du monde est un défi qui en effraie plus d’un, parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour te traiter de pro-israélien et un autre qui te trouvera pro-palestinien et un autre qui te menacera de poursuites ou de mort. Faut-il éviter de couvrir le sujet pour autant?

Fisk, donc. Osama Ben Laden l’aurait subtilement invité à se joindre à sa Base. C’est un journaliste qui parle arabe et se tient depuis un bon bout de temps au Liban: on comprend qu’il a vu les misères que vivent les gens là-bas. Il n’est pas forcément exclusivement contre les États-Unis ou Israël, mais ça finit par sonner comme ça, à force de rapporter les voix de gens qui vivent dedans cette dèche, à force d’essayer d’en décortiquer des petits bouts.

Je n’ai pas encore parcouru toutes les 1366 pages de son dernier livre, The Great War for Civilisation – The Conquest of the Middle East, (2005), quelques chapitres à peine, je devrai y revenir. En attendant, on peut le fréquenter à travers The Independent. C’est accessible, écrit selon ses perceptions sur le terrain au jour le jour.

[en]

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